Durant mon enlèvement, je fus retenu prisonnier dans une cellule qui se trouvait juste en dessous de ce jardin. Chaque jour, à travers la porte, mes geôliers me menaçaient des pires morts. Je crois qu’ils étaient cinq, mais je ne les ai jamais vu. Je les entendais seulement s’agiter de l’autre côté de la porte. Ma seule façon d’essayer de comprendre qui ils étaient a été de me fondre dans leur démarche. J’écoutais le bruit de leurs pas résonner dans le couloir et me mettais à marcher comme eux. Sur une boîte en carton qui traînait au fond de ma cellule, je retins les caractéristiques de la démarche de chacun de mes ravisseurs. En la tenant contre mon ventre, je parvenais à entrer dans leurs pas.
Bien que cet enlèvement soit loin derrière moi, chaque fois qu’un trop-plein d’angoisse remonte à la surface, je viens dans ce jardin avec ma boîte et remets mes pas dans ceux de chacun mes ravisseurs pour me décharger de tout ce qu’ils m’ont fait subir.
J’ai pris soin de mettre un oiseau mort à l’intérieur de la boîte au cas où quelqu’un me demanderait ce qu’il y a dedans.