Le 12 mai 1936, après plusieurs
années d’inactivité, la pianiste Catherine de Sélys
connut un tel besoin de sentir vibrer à nouveau une salle à ses
côtés, qu’elle décida d’entreprendre
une tournée qui la mènerait au quatre coins de l’Europe.
Mais elle eut tellement peur de décevoir un public autrefois si
enthousiaste, qu’au soir de la première représentation,
elle fut incapable d’enfoncer la moindre touche. Le silence de
la salle lui parut insurmontable. La nervosité faisait tinter
ses boucles d’oreille ; dès que sa main — désespérément
impuissante — se levait en tremblant, ses bracelets s’entrechoquaient
dans un léger cliquetis ; et ses jambes, qui se tortillaient sous
sa robe, provoquaient à chaque mouvement un bruissement du tissu. |