Le 21 janvier 1907, lors de l’ultime représentation de La Maison de Poupée, Véronique Coulanges, qui venait de porter pour la dernière fois le rôle de Nora sur les épaules, regagna précipitamment sa loge.
elle passa derrière son paravent et, sans même remarquer l’arrivée d’Oskar Serti, se libéra avec grand soulagement de sa robe, dernier vestige d’un personnage dont elle s’était tellement imprégnée depuis deux mois, qu’elle rêvait de revoir à nouveau le monde par ses propres yeux.
Soudain, elle aperçut sa robe, qu’elle avait rejetée quelques instants plus tôt sur le rebord du paravent, glisser de l’autre côté et tomber sur le sol dans un bruit particulièrement sourd. elle pensa aussitôt au terrible poids que prenait tout ce qui pouvait lui rappeler son rôle, et ne s’inquiétai donc pas trop de l’étrangeté du phénomène.
Malheureusement, malgré ses espérances, lorsqu’elle fut enfin débarrassée de ses habits de scène, elle se sentit complètement démunie, comme vidée de sa substance. Le monde lui parut alors tellement pâle, qu’elle guettai ardemment la venue de son cher Oskar, pour avoir le bonheur de se réfugier dans son univers si personnel.