Afin de préserver sa vie privée, l’actrice
Véronique de Coulanges s’était fait un devoir de
ne jamais répondre aux lettres enflammées de ses admirateurs.
Ainsi,
lorsque le jeune écrivain Oskar Serti voulut prendre son
coeur d’assaut, elle tint bon durant plus d’un mois. Puis
un matin, relisant les lettres qu’il n’avait cessé de
lui écrire, elle succomba à leur charme. Poussée
par une force obscure, elle ne put vivre un instant de plus sans connaître
cet homme. Elle s’empara du téléphone et invita Oskar à venir
le plus vite possible prendre le thé chez elle.
S’apercevant qu’elle était toujours en robe de nuit,
Véronique se précipita vers la salle de bain pour revêtir
une tenue plus appropriée à la situation. Malheureusement,
elle se prit les pieds dans le fil du téléphone, perdit l’équilibre,
tomba la tête la première sur le sol, et perdit connaissance.
Près d’une heure plus tard, Véronique revint enfin à elle.
Profondément troublée, le corps perlé de transpiration,
elle se souvint aussitôt que lors de son évanouissement, elle
avait rêvé d’Oskar Serti. Celui-ci n’avait cessé de
l’enlacer et de la caresser comme jamais personne ne l’avait
fait jusque là.
Au
moment de se relever, elle voulut se dépêtrer du fil du
téléphone ; mais lorsqu’elle vit à quel point
celui-ci avait enserré jambes, bras et cou, elle comprit l’origine
de son rêve indécent.
C’est alors qu’avec un
mélange surprenant d’angoisse
et d’impatience, elle entendit les pas d’un homme s’arrêter à la
porte de son appartement. Mais après un moment d’hésitation,
comme s’il cherchait quelqu’un d’autre, l’homme
poursuivit son chemin dans le grand escalier qui menait aux étages
supérieurs.
Abattue par le pressentiment qu’Oskar ne viendrait plus, Véronique
mesura tout le poids de sa solitude et décida de rester un instant
encore prisonnière de son fil.