En 1932,
l’écrivain Oskar Serti connut
une grave déficience visuelle qui lui ôta progressivement
la perception des couleurs. Après avoir rencontré de nombreux
spécialistes unanimement impuissants à contrarier le caractère
irréversible de son mal, il se remit, résigné, entre
les mains du singulier docteur Alfred Wierzel, qui lui proposa, non pas
de le guérir, mais d'étudier une solution artificielle
qui lui permettrait d'éprouver à nouveau des sensations
colorées. Partant de la formidable capacité qu'ont les douleurs aiguës de provoquer différents éclairs colorés à l'intérieur du corps, et des points particulièrement sensibles qu'offre la plante des pieds, Wierzel imagina pour Oskar Serti une paire de chaussures munies de semelles savamment cloutées vers l’intérieur qui, par leur contact incisif avec la peau, pouvaient engendrer, suivant leur position, une variation de douleurs capables de produire n'importe quelle couleur souhaitée. Oskar Serti, qui aurait accepté l'expérience avec beaucoup de conviction, réalisa à cette même époque une série de petits films relatifs aux lieux chéris de son enfance. De jeunes chercheurs hongrois, ayant miraculeusement retrouvé ces films en 1987, ont analysé chacun des mouvements étonnamment brusques qui secouent les prises de vues de l'écrivain pour tenter de définir la nature précise des différentes douleurs susceptibles d'en être la cause. Lorsqu'en 1990, ils réussirent enfin à en déduire les couleurs correspondantes, ils décidèrent de les fixer sur la pellicule afin de présenter les films d'Oskar Serti tels qu'il dut les vivre en les tournant. |